Pascal Sevran s¹est remis à l¹écriture de ce journal de bord. Cela faisait huit mois qu¹il n¹avait plus rien écrit. Un signe de bonne santé retrouvée.
L'été 2007 s¹achève, vous paressez très en forme. On ne peut pas croire que vous sortiez de l¹enfer !
C'est l¹été le plus triste de ma vie, le plus difficile aussi.
Mais je ne veux pas en faire un roman : j¹ai dû affronter ce que des millions de gens affrontent dans l¹anonymat.
Oui j¹ai été opéré, et que l¹on ne vienne pas me demander de quoi ca ne regarde personne, ça va très bien maintenant, regardez moi a part un problème mécanique de corde vocale qui se réglera dans les semaines qui viennent.
Si je parle aujourd¹hui c¹est pour la première et pour la dernière fois je ne veux pas donner prise au voyeurisme de certains.
C'est avant tout pour remercier le personnel hospitalier du CHU de Limoges, des grands professeurs et des infirmières qui m¹ont tenu la main, ça c¹est bouleversant.
Elles le font pour tout le monde, pas spécialement pour moi. J¹entretiens des relations aujourd¹hui très fortes, très fraternelles avec certains d¹entre eux.
Vous avez décidé d¹affronter l¹opération dans votre Limousin, plutôt que dans un grand hôpital à Paris.
J'ai tout de suite dit aux professeurs du CHU de Limoges, « je ne bouge pas.
Je suis très bien avec vous, on va s'arranger».
Et puis ce qu¹on pouvait dire de mon absence, à Paris, j¹en avais rien à faire.
Si vous saviez comme j¹ai été concentré sur les 40 km reliant l¹hôpital de ma maison de Morterolles, avec quelle concentration, quelle organisation j¹ai essayé de mener tout ça. Quand je vois sourire mes professeurs, je suis ému.
Qu¹est-ce qui a été le plus dur dans ce combat ?
C'est aujourd¹hui, que je m'agace le plus car je dois attendre et je ne suis pas patient, que ma corde vocale droite veuille bien se rapprocher de la gauche.
Comme c¹est très tendance maintenant politiquement, ça devrait se faire. Et puis, cette voix rocailleuse, ça a un côté très chic, entre Bruel et Mauriac (Rires)
Vous êtes l¹un des plus fervents supporters de Nicolas Sarkozy, vous a-t-il appelé ?
Il n¹a pas cessé de me téléphoner. Le soir de son élection, il m¹a appelé dans ma chambre à l¹hôpital ou j¹ai fêté son élection entouré de jeunes et jolies infermières.
Voilà pourquoi je n¹étais pas au Fouquet¹s. Il m¹a dit «je t¹embrasse, ça serait plus gai si tu étais là. ».
Les mots de Cécilia Sarkozy m¹ont bouleversé, elle m¹écrit souvent .je me souviens que le 14 janvier porte de Versailles en descendant du podium, Nicolas est venu m'embrasser et m¹a dit à l¹oreille "t'as entendu j¹ai parlé des infirmières.".il faut dire que je n¹ai pas cessé de le bassiner pendant toute la campagne sur ce thème.
Il y a aussi Bertrand (Delanoé, NDLR), mon frère depuis 30 ans, qui a téléphoné tous les jours et qui ne m¹a pas lâché.
Ils ont tous voulu venir ici, mes amis Delon, Drucker, Hanin, Jack Lang, Sheila, France Gall, beaucoup d¹autres encore cela ma touché, mais je n¹ai voulu voir personne, maintenant je les attends.
Mais il ne faut surtout pas oublier les gens de ma vie intime ici et puis ... Mon ami Serge T et ma s¦ur Jacqueline ou serais-je aujourd¹hui sans eux ...sans elle.
L'année 2007 n'a pas été uniquement marquée par le combat, il y a eu cette polémique...
Qui m'a affaibli moralement, et contrarié parce que c¹était honteux. Mais je ne veux plus en parler. Cette histoire là, c'est trop. J¹ai fait face au revers de la médaille d¹un homme public.
Jusqu¹à cet été, vous vous sentiez invulnérable et immortel ?
Pas du tout, on se sent plus mortel et plus vulnérable, justement. J¹ai été pendant longtemps un homme qui n¹était pas public et j¹ai été entouré de beaucoup de gentillesse. Les coups durs ça arrive plus souvent aux personnes publiques, c¹est comme ça.
Avez-vous souvent songé à Stéphane, votre grand amour, durant ces dernières semaines ?
Il est en moi.!
Votre regard sur la vie et sur la société s¹est-il acéré pendant cette période de convalescence ?
Je ne me suis concentré que sur une chose : aider les médecins qui m¹aidaient. C'était essentiel pour combattre. Avant l'opération, je n¹avais jamais eu une angine de ma vie, ni une grippe ni une bronchite. Ma mère ne se souvient même pas que j¹ai eu la varicelle.
Mais mon regard sur le monde n¹a pas beaucoup changé, je sais les petitesses, je sais les traîtres et les salopards. Je sais les gens magnifiques, je sais tout ça, je n¹ai pas appris grand chose. Je n¹ai pas attendu d'avoir ce violent choc sur la tête, pour découvrir le monde.
Vous avez repris l¹écriture de votre journal de bord ?
Personne ne le sait même pas mon éditeur mais je viens de le reprendre, après huit mois d¹interruption. C'est une bonne nouvelle pour moi car j¹avais perdu toute envie et inspiration.
Vous ne figurez pas sur les grilles de rentrée de France Télévisions pour cette rentrée de septembre. Cette absence a déclenché des tas de réactions, vos téléspectateurs se demandant si finalement, on ne vous avait pas mis à la porte, après la polémique. Vous reverra-t-on sur ces antennes ?
J'entretiens avec Patrick de Carolis des relations très amicales. C¹est un homme bien. Il m'a dit « tu seras, je le veux, sur le service public en janvier ». Il me propose de revisiter l'Eurovision, on verra, j'ai déjà donné. Autre piste : des belles émissions sur France 3 à partir de janvier de grands portraits pour l'été prochain sur France 2 voila ce que l'on me propose.
Je vais rentrer à Paris, redonner des dîners à la maison, préparer mes émissions.
- Votre bilan sur le début de quinquennat du président de la République ?
Je l'aime et je crois qu'il me le rend. Je ne peux pas dire le contenu de nos conversations, ce serait impudent, impudique. Mais je suis le premier des mitterrandôlatres historiques à avoir compris ce que Nicolas allait devenir. Je n¹ai pas à faire parler les morts. Mais je crois que Mitterrand verrait en lui un bel animal. Je me rappelle ce qu¹il disait : « J'ai été l'homme le plus haï de France, ça me laisse une chance d¹en être un jour le plus aimé ». Quand on voit ce que disaient certains de ses ministres avant qu¹ils les nomment, on a envie de se taper le cul par terre de rire.
- La polémique autour de la venue de Cécilia en Libye vous a touché ?
L'idée que les mirliflores du PS convoquent la femme du président de la République pour lui demander ce qu¹elle fait est particulièrement grotesque.
Si à chaque fois qu¹elle va dîner avec un chef d¹Etat ou faire des courses, elle doit rendre des comptes à Monsieur Duchemol, on tombe dans le granguignole. Elle a assassiné qui exactement ? C'est une femme magnifique.
Ce qui se passe au PS, vous attriste-t-il ?
Beaucoup sont ridicules, mais il y a des gens très bien comme Malek Boutih ou Manuel Vals.
Pour moi, il n'ya que Bertrand pour reprendre en main la machine PS.
Il n'y a aucun doute là-dessus. Finalement, comme je collectionne les présidents de la République, il sera mon troisième, dans dix ans. Après les deux mandats de Nicolas.
Recueillis par Matthias Gurtlerpour VSD du 5 au 11 Septembre 2007
